Exposé de Joël Crespin
pour la réunion du 17 janvier 2025 :
Qu’est-ce qu’une étoile ?
Comment se
forment-elles ?
Comment les classer ?
Exposé d’introduction
Définition:
Une étoile est un astre fait de gaz chauds, principalement d’hydrogène et d’hélium, qui produit de la lumière et de la chaleur grâce aux réactions de fusion nucléaire en son centre.
Les premiers instants d'une
étoile se produisent d'abord dans un nuage de gaz interstellaire composé
principalement d'hydrogène. Ces nuages sont la plupart du temps énormes, et un
seul d'entre eux peut donner naissance à plusieurs étoiles. Sous l'effet de
l'attraction gravitationnelle, des sections de ces nuages interstellaires ont
tendance à se condenser dans des régions appelées globules de Bok, du nom du
Hollandais Bart Bok, 1906-1983, qui découvrit ces régions. Chacun de ces
globules, toujours par la force gravitationnelle, s'effondre à son tour pour
donner naissance à une protoétoile. La contraction gravitationnelle produisant
beaucoup d'énergie, la protoétoile devient de plus en plus chaude et
intensément lumineuse durant quelques milliers d'années. Une étoile de la masse
du Soleil atteindra 500 fois la luminosité solaire actuelle pendant cette
étape. Si la masse de la nouvelle étoile est inférieure à 8% de la masse du
Soleil, elle deviendra une neige brune, soit une étoile ratée qui ne sera
jamais assez chaude pour que soient déclenchées les réactions de fusion
nucléaire nécessaires à la rendre lumineuse. A une masse de 0,01 masse solaire,
on ne peut même plus parler d'étoile, c'est plutôt une planète géante gazeuse
qui est formée. Dans les nouvelles étoiles dont la masse est supérieure à 0,08
masse solaire, la température interne augmente suffisamment pour que la fusion
nucléaire puisse avoir lieu en son cœur. A cette étape, sur le diagramme HR,
l'étoile naissante se place sur la séquence principale et y demeure une grande
partie de sa vie. Le temps qu'une étoile passera dans la séquence principale
dépend donc de sa masse.
Si l'étoile est de faible
masse, moins de 6 masses solaires, la
fusion de l'hélium se produit très rapidement. On appelle ce phénomène le flash
de l'hélium. Toute cette activité au sein de l'étoile occasionne une
augmentation importante de la pression interne et provoque le gonflement de ses
couches superficielles. Au terme du processus, l'étoile aura passé par le stade
de géantes rouges, atteignant ainsi une luminosité de 10 000 fois celle du
Soleil. Toute cette agitation et la migration dans la région des géantes rouges
du diagramme HR durera environ un milliard d'années. A la fin de la phase de
géantes rouges, les couches externes deviennent très peu denses et la pression
exercée par la lumière provenant du centre les rend instables au point où elles
sont expulsées de l'étoile en formant une sphère de gaz lumineux. Cette sphère
porte le nom de nébuleuse planétaire. La durée de vie d'une nébuleuse
planétaire est de quelques dizaines de milliards d'années, ce qui représente
très peu dans la vie d'une étoile. Ce qui reste de l'étoile en raison de sa
faible masse n'arrive plus à continuer les réactions de fusion nucléaire. Et en
l'absence de force qui empêche la contraction gravitationnelle, le cœur se
contracte et devient une naine blanche.
En fait, la majorité des
étoiles de notre galaxie, environ 97%, termineront leur vie en naines blanches.
Toutes les étoiles dont la masse résiduelle à la fin de leur vie est inférieure
à 1,4 masse solaire deviendront des
naines blanches. C'est ce qu'on appelle la
limite de Chandrasekhar, du nom de l'astrophysicien américain
d'origine indienne Subrahmanyan Chandrasekhar, 1910-1995, dont les recherches
sur l'équilibre des naines blanches lui valurent le prix Nobel de physique en
1983. Les étoiles dont la masse résiduelle est supérieure à cette limite
connaîtront un destin plus fracassant. Nous verrons cela plus tard dans
l'exposé. Pour en revenir à la naine blanche, une fois les couches externes
éjectées et la combustion nucléaire interne terminée, une étoile dont la masse
restante est inférieure à la limite de Chandrasekhar, c'est-à-dire inférieure à
1,4 masse solaire, c'est le cas de notre Soleil, et bien cette étoile se
contractera jusqu'à ce qu'elle devienne une naine blanche. Une telle étoile est
composée de matières dites dégénérées. Les électrons ne sont plus associés au
noyau des atomes. La taille de la naine blanche sera réduite à une taille
proche de celle de la Terre et sa densité atteindra 10 puissance 6 grammes par
centimètre cube, soit 1 million de fois la densité de l'eau. C'est-à-dire qu'un
dé a jouer composé de cette matière pèserait une tonne, 1000 kilos. Notons que
le nom de naine blanche vient de sa température de surface, environ 10 000
Kelvin, qui lui donne une couleur blanche bleutée. Après quelques dizaines de
milliards d'années, une naine blanche n'émet plus de lumière visible et peut
devenir ce qu'on appelle une naine noire. Cette cendre d'étoile n'est alors
plus vraiment visible. Aucune naine noire n'a encore été observée ou détectée
jusqu'à maintenant. En réalité, il est fort possible que les naines noires
n'existent pas encore, l'univers n'étant pas encore assez vieux pour qu'une
étoile ait eu le temps d'atteindre ce stade.
La fin de l'étoile est annoncée. Dans 5
milliards d'années, notre Soleil, étoile de masse faible, subira toutes les
épreuves que nous avons décrites. Au moment où il sera devenu une géante rouge,
ses couches superficielles engloberont l'orbite de la Terre qui se trouvera
alors carrément à l'intérieur. Toute une canicule.
Dans les étoiles plus
massives, plus de 6 masses solaires,
la fusion de l'hélium ne se produit pas en flash, mais de façon plus lente. Les
conditions de pression et de température dans le cœur d'une étoile de masse
plus élevée permettent la fusion du carbone dont les produits sont de
l'oxygène, du néon, du magnésium, qui eux-mêmes produiront par la suite du
silicium et du phosphore. Au-delà de 3 milliards de Kelvin, c'est au tour du
silicium de fusionner avec de l'hélium pour donner du fer.
En général, trois sorts sont réservés aux étoiles qui arrivent à la fin de leur vie. C'est la masse résiduelle de ce qui reste après toutes les étapes décrites plus haut qui détermine celui que l'étoile connaîtra. Naine blanche ou bien étoile à neutron ou encore trou noir.
Nous avons dit plus haut que les étoiles dont la masse résiduelle est supérieure à 1,4 masse solaire connaîtront un destin plus fracassant. En effet, ChandraSekhar a pu démontrer que les étoiles dont la masse résiduelle est comprise entre 1,4 et 3 masses solaires finissent en supernova de type 2, c'est-à-dire en étoile isolée, sans compagnon et en fin de vie, dont les couches externes rebondissent violemment sur le noyau ou cœur. Le cœur de l'étoile se contracte jusqu'à ce que les électrons libres se combinent au proton du noyau pour former une étoile dite un neutron. Le diamètre d'une étoile à neutron est en moyenne de 25 km, mais sa densité atteint celle de la matière nucléaire, soit 10 puissance 13 g par cm3. Notre dé a jouer, composé de ce matériau, pèserait 10 millions de tonnes, 10 milliards de kilos. Les étoiles à neutron, qui sont donc les résidus de ces supernovas, sont les restes de cette violente explosion et constituent de véritables cadavres stellaires. Elles n'auraient jamais pu être détectées si une bonne partie d'entre elles n'émettait pas un certain type de rayonnement bien particulier qu’on appelle ‘pulsar’, contraction de pulsating star. On appelle donc pulsar les étoiles à neutron dont nous recevons le flux de radiation très intense et périodique, également appelé rayonnement synchotron du nom du puissant accélérateur de particules. Ce rayonnement peut être capté par les antennes des radiotélescopes et reçu comme des pulsations périodiques aussi précises qu'une horloge atomique. La période de pulsation des pulsars peut être aussi petite qu'un millième de seconde. C'est Jocelyne Bell, née en 1943, étudiante en astronomie à Cambridge, qui découvrit accidentellement le premier pulsar en 1967. Celui-ci avait une période de 1,33711 secondes, ni plus ni moins. Enfin, si la masse résiduelle sur laquelle a travaillé ChandraSekhar est supérieure à trois masses solaires, nous ne serons ni en présence d'une naine blanche ni d'un pulsar, c'est-à-dire d'une étoile à neutron, mais au-delà de trois masses solaires se formera ce qu'on appelle un trou noir. Cela fera l'objet d’un autre exposé très certainement plus tard.
Comment se précise le type
spectral d'une étoile ? Il se précise par l'utilisation de lettres O, B, A, F,
G, K, M, L, T, C, S. On retient ces lettres par un moyen mnémotechnique très
connu des astronomes en formulant la phrase suivante : Oh, Be A Fine Girl, Kiss
Me (a) Long Time. Je n’ai pas cherché de mot approprié pour les lettres C et S.
Nous verrons dans le diagramme ci-dessous à quoi correspondent ces lettres O,
B, A, F, G, K, M, L, T, C, S.
Enfin, il y a bien d'autres
façons de classer les étoiles. On peut les classer par rapport à leur
magnitude, c'est-à-dire leur luminosité, leur brillance, intrinsèque ou
relative. On peut les classer par
rapport à leurs compagnons ou compagnes, parce que la plupart des étoiles ne
sont pas seules, elles sont physiquement proches d’autres étoiles, voire de
plusieurs. Il peut s’agir de binômes, de trinômes ou plus, donc d'étoiles très
rapprochées les unes des autres. On parle aussi de compagnons (compagnes) optiques
c,a,d d’étoiles très éloignées les une des autres mais qui depuis notre point
d’observation (la terre) donne l’impression d’être très proches.
En terme de classement
d’étoiles binaires ou d'étoiles doubles binaires visuelles, on peut parler
d'étoiles binaires à éclipse, de binaires spectroscopiques ou encore de
binaires serrées.
On peut aussi classer les
étoiles par leur variabilité. Dans ce cas, on parlera de variabilité par
rotation, de variabilité par éclipse, de variabilité par pulsation, de
variabilité par éruption ou encore de variabilité par cataclysme. Autant de
classements qui peuvent faire l'objet d'exposés ultérieurs.
Merci de votre attention.
J'ai préparé cet exposé avec
principalement deux livres, l'Astronomie pour les nuls et mon livre fétiche ‘Astronomie
premier contact’ de Gaëtan Morissette, préface de Laurent Drissen.
Gaëtan Morissette est
professeur de physique et d’astronomie au Cégep de sept-îles depuis 1976,
Laurent Drissen est titulaire de la chaire de recherche du Canada sur les étoiles massives à l’université Laval (Québec).


